21.03.2008
Portes et Fenêtres
C'est le jour du terme.
Etendue sur sa chaise longue professionnelle, la petite Choquotte, des Fantaisies-Élastiques, attend le terrible M. Vautour, son propriétaire, qui va venir lui réclamer le montant de son loyer.
Et la petite Choquotte n'en a pas le premier sou.
Cette situation l'afflige beaucoup et l'ennuie plus encore : elle bâille à se décrocher les maxillaires ; son peignoir suit le mouvement, s'il ne l'a devancé.
De temps à autre, la petite Choquotte semble concentrer sa pensée sur un important projet ; elle ferme la bouche, serre les dents, et son drôle de petit bec pâle rappelle ces fines sandwiches de buffet qui tirent, avec un air de se foutre du monde, leur bout de langue en jambon rose entre deux lèvres de mie de pain !
Soudain, entrée de M. Vautour : le peignoir s'hiatuse de plus en plus.
Et les bords s'en écartent tant et tant que, ne sachant, par discrétion, sur lequel se fixer, les yeux de M. Vautour présentent bientôt tous les symptômes du strabisme le plus divergent.
Incapable, dès lors, de se fier au témoignage de ses organes atrophiés, M. Vautour essaye de se diriger à tâtons…
Il trébuche sur la chaise longue…
Et M. Vautour touche le prix du loyer, en trois versements successifs… Puis il réclame un petit supplément pour le tapis de l'escalier, un autre pour l'abonnement à la Compagnie des Eaux… Et voilà qu'à présent il émet encore la prétention d'exiger l'impôt des portes et fenêtres.
- Allons, mignonne, – grince-t-il en un fausset qui tâche à s'édulcorer et non sans une certaine poésie, car M. Vautour a de la lecture, – allons, payez de bonne grâce : il ne vous en coûtera qu'un baiser sur chacun des huis qu'a semés dame Nature en la divine harmonie de votre corps charmant. Un baiser sur vos jolis yeux, lucarnes gracieuses du faîte de l'édifice ; un baiser sur la conque nacrée de vos fines oreilles ; un baiser sur chacune de vos narines roses ; un baiser, un long baiser d'amour sur la fleur humide, au cœur de corail, où s'égrène le chapelet de vos blanches quenottes… et puis, dans le mystère intime des buissons clos, l'affolant et suprême baiser, le baiser des chères ivresses, le baiser des pâmoisons victorieuses au seuil du palais des Voluptés et des Extases…
- Penses-tu ? interrompt Choquotte en se retournant tout d'une pièce… Et bin… et l'autre façade, que t'oublies !
- Ah ! pardon, réplique froidement M. Vautour… On ne paye rien, pour les jours de souffrance !
10:00 Publié dans 10.Portes et Fenêtres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


Les commentaires sont fermés.