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<title>Cythère !... Dix minutes d'arrêt ! - 12-le-poirier</title>
<description>Léon Valbert</description>
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<title>Le Poirier</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Qui sommes-nous)</author>
<category>12.Le Poirier</category>
<pubDate>Fri, 21 Mar 2008 10:06:00 +0100</pubDate>
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&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: 'Times New Roman'&quot;&gt;Il y a des gens dont il est vraiment bien difficile de définir le caractère. Tel le jeune vicomte Alphonse de Toubéneff.&lt;br /&gt; Interrogez sur son compte dix personnes différentes, et vous en trouverez cinq pour vous affirmer sa parfaite honorabilité… contre cinq qui le traiteront impitoyablement de « sale marlou&amp;nbsp;».&lt;br /&gt; Pour les uns, le vicomte Alphonse de Toubéneff est en effet un amant malheureux, qui se résigne, avec une touchante philosophie, aux incessantes infidélités de sa maîtresse, &lt;a name=&quot;retour57&quot; title=&quot;retour57&quot; id=&quot;retour57&quot;&gt;&lt;/a&gt;Miss &lt;a href=&quot;http://cythere.hautetfort.com/archive/2008/03/25/maud-kambronn.html&quot; title=&quot;Voir la note&quot;&gt;Maud Kambronn&lt;/a&gt;, l'aimable acrobate du cirque Honcy… Pour les autres, c'est un ignoble individu qui trafique honteusement des charmes de sa douce amie. Qui croire et que penser&amp;nbsp;?&lt;br /&gt; Une anecdote, dont je fus oculaire témoin, servira peut-être à jeter quelque clarté sur ce grave problème d'intime psychologie. J'en vais faire le récit succinct. Les personnes de bonne foi voudront bien n'y pas voir un essai superflu de réhabilitation, mais l'unique souci de rendre hommage à la vérité, avec un désintéressement à peine exacerbé par l'offre d'une boîte de cigares de contrebande et d'un chèque de vingt-cinq louis, à moi remis hier de la part du vicomte.&lt;br /&gt; Vers l'époque du terme dernier, le vicomte Alphonse et Miss Maud déambulaient péniblement en une quelconque artère du quartier des Champs-Elysées, lorsqu'ils firent rencontre de Pamphile Conrard, propre fils du grand avocat &lt;a name=&quot;retour58&quot; title=&quot;retour58&quot; id=&quot;retour58&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://cythere.hautetfort.com/archive/2008/03/25/mutus-conrard.html&quot; title=&quot;Voir la note&quot;&gt;Mutus Conrard&lt;/a&gt;, dont le silence prudent a fait, on ne l'ignore pas, la réputation et la fortune.&lt;br /&gt; Pamphile ne se contente pas d'être un simple imbécile, comme son père. Il pousse l'excès de la franchise jusqu'à arborer, sur sa physionomie, tous les stigmates qui caractérisent la plus incurable sottise. On ne saurait imaginer tête d'abruti mieux réussie dans son genre. C'est la poire de poire, entre les plus poires&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; Miss Maud Kambronn vit incontinent tout le parti qu'elle en pourrait tirer. Et, comme le vicomte lui présentait Pamphile&amp;nbsp;: « Un millionnaire, ma chère, et le meilleur de mes camarades du régiment, qui plus est&amp;nbsp;! » elle s'ingénia aux gracieusetés d'accueil par elle d'ordinaire réservées aux seuls princes russes. Mais quoi&amp;nbsp;? Trois quittances de loyers échus étaient en souffrance chez la concierge de l'aimable enfant, et l'opulent Pamphile semblait tout à fait idoine à leur libération définitive.&lt;br /&gt; - Enchantée, monsieur, prononça Maud, enchantée vraiment de faire votre connaissance. Elle n'en restera pas là, j'espère, si le proverbe ne ment point qui proclame&amp;nbsp;: « Les amis de nos amants sont nos am…&lt;br /&gt; - ...is&amp;nbsp;! » se hâta de terminer le vicomte, craignant sans doute une assonance plus fâcheuse.&lt;br /&gt; Pamphile n'eut garde de se soustraire à une invite si discrète.&lt;br /&gt; - Cochon qui s'en dédit&amp;nbsp;! spiritualisa-t-il avec la légèreté d'un jeune hippopotame s'exerçant au pas de quatre… Je pars justement demain pour &lt;i&gt;mes&lt;/i&gt; terres du Vivarais&amp;nbsp;; je vous offre deux places dans &lt;i&gt;mon&lt;/i&gt; wagon spécial et l'hospitalité dans &lt;i&gt;mon&lt;/i&gt; château moderno-Louis XIII (une idée à moi… quelque chose d'épatant&amp;nbsp;!).&lt;br /&gt; Le vicomte et sa compagne se firent un peu prier, pour la forme&amp;nbsp;; mais Pamphile sut insister avec une délicatesse si raffinée – allant jusqu'à leur proposer de leur prêter cinq louis, s'ils n'avaient pas de quoi s'acheter une valise – que l'invitation fut à la fin acceptée.&lt;br /&gt; Voilà donc miss Maud et le vicomte installés chez Pamphile. Les choses, comme bien vous pensez, ne traînèrent point en longueur, si j'ose m'exprimer ainsi. La jeune femme se montra dès l'abord d'une coquetterie si manifestement excitatoire, qu'en moins de quarante-huit heures elle amena l'hôte richissime au point de lui tout demander… et de ne lui rien refuser en échange. La présence du vicomte, pour résigné qu'il s'affirmât à son ordinaire, ne laissait point d'exiger cependant quelques atermoiements. Aussi, n'est-ce qu'au troisième jour de villégiature commune que fut fixé le rendez-vous où devait être, une fois de plus, fait de l'honneur du pauvre Alphonse un bon marché exceptionnel, comme disent les catalogues des grands magasins&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; Dès l'aube, prétextant une légère indisposition, miss Maud, à peine vêtue d'un opalescent peignoir Liberty – &lt;a name=&quot;retour59&quot; title=&quot;retour59&quot; id=&quot;retour59&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://cythere.hautetfort.com/archive/2008/03/25/liberty-que-de-crimes-on-commet-en-ton-nom.html&quot; title=&quot;Voir la note&quot;&gt;ô Liberty, que de crimes on commet en ton nom&amp;nbsp;!&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: 'Times New Roman'&quot;&gt;– quitta la chambre simili-conjugale qu'elle partageait avec Toubéneff, descendit au rez-de-chaussée, se glissa dans la serre où, depuis cinquante minutes, Pamphile impatient l'attendait.&lt;br /&gt; Un canapé d'osier tressé leur offrait l'inconfortable élasticité de son « cannage » peu rembourré… Mais à la serre comme à la serre&amp;nbsp;: une acrobate n'y regarde pas de si près et, comme le temps pressait, l'énergique Maud renversa, plutôt qu'elle n'assit, son hésitant complice sur le &lt;i&gt;cubiculum&lt;/i&gt; improvisé. Puis, rapidement, et avec l'exubérance d'une luronne qui ne boude point à l'ouvrage, elle suppléa, par son initiative personnelle, au maladroit désarroi du niais, tout éberlué d'une gymnastique peu conforme à son genre d'activité coutumière.&lt;br /&gt; Vélocité cependant insuffisante encore, puisque le vicomte, inquiet d'un si matinal envol et descendu à son tour pour s'enquérir de l'oiselle, eut dans un éclair, en passant devant la porte du jardin d'hiver, la déplorable vision d'un tableau vivant – oh&amp;nbsp;! que vivant&amp;nbsp;! – bien fait pour l'affliger, sinon pour le surprendre.&lt;br /&gt; Son premier mouvement fut d'exterminer les coupables. Mais il faut toujours se méfier du premier mouvement, Alphonse ne l'ignorait pas. Il réfléchit, songea que l'hospitalité offerte crée des droits, l'hospitalité reçue des devoirs… et, sur la pointe du pied, pour que nul ne pût soupçonner son insolite excursion, il réintégra ses appartements.&lt;br /&gt; Maud ne tarda point à l'y rejoindre.&lt;br /&gt; Alors – que les calomniateurs en rougissent&amp;nbsp;! – alors ce fut terrible&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; - D'où venez-vous, madame&amp;nbsp;? hurla l'amant trompé.&lt;br /&gt; La mignonne eut une seconde d'effarement. Est ce que Toubéneff aurait fait un héritage, pour s'offrir le luxe d'être jaloux&amp;nbsp;? L'absurdité d'une telle hypothèse lui apparut si évidente qu'elle se reprit vite.&lt;br /&gt; - Qu'avez-vous fait si longtemps dans la serre&amp;nbsp;? insistait le questionneur en furie.&lt;br /&gt; Elle eut un sourire énigmatique et, caressant dans la poche de son peignoir la liasse de billets bleus qu'y avait glissée l'hôte reconnaissant&amp;nbsp;:&lt;br /&gt; - Je viens de cueillir une poire, mon ami, expliqua-t-elle doucement.&lt;br /&gt; Sans doute l'ingéniosité du pieux mensonge apaisa le vicomte. Sa dignité toutefois exigeait qu'il n'en restât pas là. Aussi conclut-il d'une voix sévère, en forme de morale&amp;nbsp;:&lt;br /&gt; - Vous me permettrez au moins, ma chère, un conseil… La première fois, ne secouez pas le poirier si fort&amp;nbsp;: vous finiriez par le détériorer&amp;nbsp;!&lt;/span&gt; 
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