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<title>Cythère !... Dix minutes d'arrêt ! - 05-souhaits-de-bonheur</title>
<description>Léon Valbert</description>
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<title>Souhaits de bonheur</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Qui sommes-nous)</author>
<category>05.Souhaits de bonheur</category>
<pubDate>Fri, 14 Mar 2008 16:30:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: 'Times New Roman'&quot;&gt;Dans un tranquille coin de la banlieue parisienne, le «&amp;nbsp;patron&amp;nbsp;» avait acheté une modeste villa entourée d’un petit parc, avec de vastes prairies qui descendaient en pente douce jusqu’au cours d’eau voisin.&lt;br /&gt; Là, chaque été, il venait se reposer des fatigues de la saison d’hiver, oublier les longues veilles dans le Salon des Glaces, tout le tintouin d’une maison de premier ordre, la surveillance des pensionnaires, la garantie du bon ordre, les disputes et quelquefois les coups de poing avec les clients pas sérieux, les immondes «&amp;nbsp;flanelles&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; Ah&amp;nbsp;! dame, c'est qu’il avait peiné pour conquérir sa brillante situation actuelle. Il avait commencé dans une tout autre partie, dans la carrière artistique, comme il le disait lui-même, non sans quelque légitime orgueil&amp;nbsp;: il avait sept années servi comme aide-machiniste au théâtre de la Glacière. Puis le hasard d’une &lt;a name=&quot;retour22&quot; title=&quot;retour22&quot; id=&quot;retour22&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://cythere.hautetfort.com/archive/2008/03/21/bordee.html&quot; title=&quot;Voir la note&quot;&gt;bordée&lt;/a&gt; l’avait lié à la sous-maîtresse de l’établissement qu’il dirigeait aujourd'hui. Pour se rapprocher de son idole, il s’était fait embaucher comme laveur de verres. Ç’avait été ensuite une vraie série de veines inespérées&amp;nbsp;: Madame claquant d’une embolie, Monsieur épousant la sous-maîtresse pour remplacer la défunte et se laissant emporter lui-même par une fluxion de poitrine, moins d’une année après. En sorte que l’ex-sous-maîtresse, devenue patronne, s’était empressée d’élever le «&amp;nbsp;plongeur&amp;nbsp;» au rang suprême et de régulariser sa situation d’illégitime béguin. Bien lui en avait pris&amp;nbsp;: le nouveau tenancier s’était révélé tout d’un coup organisateur d’élite, ramenant la discipline dans le troupeau indocile des pensionnaires, enrayant coulage et gaspillage, augmentant, doublant, décuplant le chiffre d’affaires, par l’initiative d’une intelligente publicité. Il lui était bien permis de jouir un peu à présent des douceurs d’une fortune acquise de haute lutte.&lt;br /&gt; Et pourtant, dans sa félicité méritée, un regret subsistait, ver rongeur niché au cœur du fruit de son travail. De temps en temps il soupirait, se rappelant le beau temps de sa jeunesse, quand, &lt;a name=&quot;retour23&quot; title=&quot;retour23&quot; id=&quot;retour23&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://cythere.hautetfort.com/archive/2008/03/21/entre-cour-et-jardin.html&quot; title=&quot;Voir la note&quot;&gt;e&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://cythere.hautetfort.com/archive/2008/03/21/entre-cour-et-jardin.html&quot; title=&quot;Voir la note&quot;&gt;ntre &lt;i&gt;cour&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;jardin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, il édifiait la plantation des salons de toiles peintes et des forêts en détrempe où évoluaient les délicates ingénues et les tentatrices jeunes premières.&lt;br /&gt; Ce matin-là, précisément, il venait de lire, dans le journal, la nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur du célèbre tragédien Mafiole, professeur au Conservatoire, sociétaire de la Comédie-Française.&lt;br /&gt; Ce Mafiole, pas moins, il l’avait connu à ses débuts, là-bas, au théâtre de la Glacière. Il lui avait même évité d’être écrasé par un portant renversé dans un geste trop romantique…&lt;br /&gt; Et triste, il pensait&amp;nbsp;:&lt;br /&gt; - Tout de même, si, moi aussi, j’avais continué…&lt;br /&gt; Des cris de femme le tirèrent de ses réflexions…&lt;br /&gt; Dans la prairie, le long du clair ruisseau, une de ses pensionnaires, en congé de huit jours à la villa patronale, avait été s’étendre au frais. Par habitude professionnelle, elle s’était dévêtue de tous ses atours superflus, et, vautrée dans l’herbe, les yeux détournés d’un volume de vers qu’elle ne lisait point, songeait, en contemplant les amoureux ébats de deux impudiques colombes&amp;nbsp;:&lt;br /&gt; - Ah&amp;nbsp;! si qu’on pourrait en faire autant comme ça en plein air.&lt;br /&gt; Tout à coup un homme était sorti des fourrés de la rive. Il était d’aspect plutôt miséreux&amp;nbsp;; le visage mal rasé, les vêtements élimés… Il s’était approché d’elle… Effrayée, elle avait poussé un cri. C'était bien la première fois qu’un homme lui faisait peur.&lt;br /&gt; Les intentions du pauvre bougre n’avaient cependant rien de subversif. Aussi ne songeait-il pas à s’enfuir et restait-il planté là, comme un pieu, quand le patron, accouru, s’exclama, le dévisageant&amp;nbsp;:&lt;br /&gt; - Monsieur Saint-Pancrace&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; - Vous me connaissez, mon ami&amp;nbsp;? s’étonna le hère, en s’efforçant de rouler des &lt;i&gt;r&lt;/i&gt; dont la phrase par malheur était veuve.&lt;br /&gt; - Si je vous connais… Nous avons été ensemble au théâtre de la Glacière&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; Et c'était vrai&amp;nbsp;! Saint-Pancrace, comme Mafiole, avait débuté sur cette scène suburbaine. Mais le même succès ne les avait pas favorisés.&lt;br /&gt; Cependant le «&amp;nbsp;patron&amp;nbsp;» s’empressait.&lt;br /&gt; - Vous êtes chez moi, et je ne vous lâche plus de la journée… Venez que je vous présente la «&amp;nbsp;Madame&amp;nbsp;».&lt;br /&gt; Ce fut, pour Saint-Pancrace, une aubaine de féerie… L’accueil de «&amp;nbsp;Madame&amp;nbsp;» fut d’une cordialité charmante. Quant à ces demoiselles en villégiature, c'était à qui serait la plus aimable… Dame, écoutez donc, quand on n’a fait de l’œil à personne depuis une semaine&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; Saint-Pancrace n’en revenait pas. Mais, plus heureux encore était le patron, trouvant enfin l’occasion d’évoquer ses «&amp;nbsp;souvenirs d’artiste&amp;nbsp;» avec un partenaire digne de le comprendre&amp;nbsp;!&lt;br /&gt; A la fin d’un pantagruélique dîner, l’hôte, avec un soupir, s’exclama&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ah&amp;nbsp;! monsieur Saint-Pancrace, vous ne sauriez croire combien j’aurais désiré être acteur&amp;nbsp;!!!&amp;nbsp;»&lt;br /&gt; Dans un autre sourire de regret, le vieux cabot, édifié sur l’origine du luxe de son amphitryon, répondit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Et moi, vous ne sauriez croire combien j’eusse souhaité d’être…&amp;nbsp;»&lt;br /&gt; Le très gros mot qui termina sa pensée ne saurait être écrit dans un livre de bonne compagnie. Il nous suffira d’indiquer qu’il commence comme maquignon et qu’il finit comme bourreau&amp;nbsp;!&lt;/span&gt; 
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